INCARNATION

« Vous êtes le sel de la Terre. » Cet enfant divin né il y a 2000 ans nous le révèle plus que jamais.  Joyeux Noëls tout au long de l’année 2020 !

Incarnation ©Anne Ginetti 2009/2019
Louis 1 Jour ©Justine De Groot

« … Qui dit belle œuvre dit œuvre profonde ; il (l’homme) a le vertige de cette merveille entrouverte. Les doubles-fonds du Beau sont innombrables. Sans que cet homme, soumis à l’épreuve de l’admiration, s’en rende bien clairement compte peut-être, cette religion qui sort de toute perfection, la quantité de révélation qui est dans le Beau, l’éternel affirmé par l’immortel, la constatation ravissante du triomphe de l’homme dans l’art, le magnifique spectacle en face de la création divine d’une création humaine, émulation inouïe avec la nature, l’audace qu’a cette chose d’être un chef-d’œuvre à côté du soleil, l’ineffable fusion de tous les éléments de l’art, la ligne, le son, la couleur, l’idée, en une sorte de rythme sacré, d’accord avec le mystère musical du ciel, tous ces phénomènes le pressent obscurément et accomplissent, à son insu même, on ne sait quelle perturbation en lui. Perturbation féconde. Une inexprimable pénétration du Beau lui entre par tous les pores. Il creuse, il sonde de plus en plus l’œuvre étudiée ; il se déclare que c’est une victoire pour une intelligence de comprendre cela, et que tous n’en sont peut-être pas capables ni dignes ; il y a de l’exception dans l’admiration, une espèce de fierté améliorante le gagne ; il se sent élu ; il lui semble que ce poème l’a choisi. Il est possédé du chef-d’œuvre. Par degrés, lentement, à mesure qu’il contemple ou à mesure qu’il lit, d’échelon en échelon, montant toujours, il assiste, stupéfait, à sa croissance intérieure ; il voit, il comprend, il accepte, il songe, il pense, il s’attendrit, il veut ; les sept marches de l’initiation ; les sept notes de la lyre auguste qui est nous-même. Il ferme les yeux pour mieux voir, il médite ce qu’il a contemplé, il s’absorbe dans l’intuition, et tout à coup, net, clair, incontestable, triomphant, sans trouble, sans brume, sans nuage, au fond de son cerveau, chambre noire, l’éblouissant spectre solaire de l’idéal apparaît ; et voilà cet homme qui a un autre cœur.

Quelque chose en lui se redresse et quelque chose se penche ; la contemplation est devenue éblouissement, la méditation est devenue pitié. Il semble que cet esprit ait renouvelé sa provision d’infini. Il se sent meilleur. Il déborde de miséricorde et mansuétude. S’il était juge, il absoudrait ; s’il était soldat, il dirait à l’ennemi : mon frère ; s’il était prêtre, il éteindrait l’enfer. Le chef-d’œuvre, inconscient, a donné à cet homme toutes sortes de conseils sérieux et doux. Une mystérieuse impulsion dans le sens du bien lui est venue de ce bloc de pierre, de cette mélodie qui ressemble à une vocalise de fauvette, de cette strophe où il n’y a que des fleurs et de la rosée. La bonté a jailli de la beauté. Il y a de ces étranges effets de sources qui tiennent à la communication des profondeurs entre elles. {…}

Le Beau entre dans nos yeux rayon et sort larme. Aimer est au sommet de tout.

L’art émeut. De là sa puissance civilisatrice. Les émus sont les bons, les émus sont les grands. Tout martyr a été ému ; c’est par l’émotion qu’il est devenu impassible. Les grandes fermetés viennent des pleurs. Le héros songe à la patrie, et ses yeux se mouillent. Caton commence par l’attendrissement. Insistons sur cette vérité ignorée et surprenante ; l’art, à la seule condition d’être fidèle à sa loi, le Beau, civilise les hommes par sa puissance propre, même sans intention, même contre son intention.

VICTOR HUGO – Utilité du Beau, 1864

Extrait du livre : LA BEAUTÉ – Éditions POESIS

Une réflexion sur « INCARNATION »

  1. Bien chere Anne,
    Quelle merveille ce tableau d’expression de beauté ,de luminosité ,de
    force vitale et de douceur en meme temps .
    Merci infiniment;
    Quelle nourriture sublime pour le corps – tous les sens – et
    l »âme.
    Que la Joie, la Lumière et la VIE de Noel t »accompagne tout au long de cette nouvelle Année. Merci .

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